Histoire du lycée

Nous vous proposons ici un historique du lycée, vous pouvez aussi lire l’ouvrage :

Du Collège de l’Oratoire au Lycée Montesquieu : 400 ans d’enseignement au Mans
(Jacky Bouvet, Jacques Chaussumier, Jean-Pierre Delaperrelle, paru en Octobre 2003)

D’autre part, L’Association amicale des Anciens Elèves dispose d'un très beau site présentant des documents iconographiques et de très nombreux témoignages à valeur de source historique :montesquieu.lemans.free.fr/. Elle publie également une Lettre d'information mensuelle dont les exemplaires sont téléchargeables.

 

Historique

 

 

Surmontant au fil des siècles les querelles politiques, religieuses, financières et pédagogiques, le Lycée Montesquieu est fier de son passé qui se confond souvent avec celui de la ville du Mans, du Maine et de la France.

 

Le site actuel du lycée à été très anciennement occupé, il se situe à l’emplacement de la muraille gallo-romaine, dont les vestiges des monnaies datant de la république romaine et des règnes d’Auguste et de Tibère sont retrouvés en 1848 dans les jardins.

 

Au début du VIIIème siècle, l’évêque Herlmund (699-721) fait ériger près des murs de la cité un petit monastère appelé St Ouen pour héberger les pèlerins venus se recueillir devant les reliques de St Julien. Au XIème siècle cet établissement devient le Prieuré St Ouen-des-Fossés, il comporte une église paroissiale et des annexes en direction de Coulaines, Sargé et Neuville. Au XIIIème siècle la paroisse est en plein essor. Des maisons se construisent au milieu des vignes. Dans la deuxième moitié du XIVème siècle, les Anglais détruisent le prieuré ; reconstruit par la suite, il disparaît lors d’un incendie en 1589. C’est Claude d’Angenne, évêque du Mans, qui décide en 1599 d’ouvrir un collège sur le site. Il en obtient l’autorisation par bulle pontificale et convoque le 2 mai 1600 une assemblée générale de son clergé qui décidera de la conduite des travaux.

 

Le collège ouvre ses portes en 1601, par réunion de collèges déjà existants (La Gourdaine, La Tannerie, La Juiverie). Le premier Supérieur en est, jusqu’à sa mort en 1606, Michel Aubourg, Docteur en théologie. Quelques années après, la question se pose de savoir s’il faut confier l’administration du collège à une congrégation enseignante : les Jésuites sont récusés par l’évêque, Charles de Bérulle. Les Oratoriens s’engagent à entretenir six professeurs : deux pour la philosophie et la théologie, quatre pour les lettres grecques et latines ; à nourrir et à entretenir "six pauvres boursiers" ; à assurer le maintien des bâtiments. Le collège se développe rapidement et acquiert une solide et sérieuse renommée : dispensant un enseignement de qualité, moins traditionaliste et moins conservateur que celui des Jésuites ; il introduit de nouvelles disciplines avec une certaine hardiesse pédagogique ; les idées libérales et les sympathies pour le Jansénisme ne sont pas toujours appréciées par les autorités religieuses qui interviennent à plusieurs reprises pour dénoncer les méthodes pédagogiques et contenus d’enseignement. En 1661, la soutenance de thèses où les théories jansénistes ou cartésiennes sont exposées est interdite, en 1678 le professeur de philosophie est exclu pour cartésianisme. Tout au long du XVIIème siècle, les effectifs se situent aux alentours de 900 élèves. Mal adaptés et insuffisants, les premiers bâtiments sont réaménagés en 1655 et, trente ans après, d’autres constructions sont engagées. Dans l’une d’elles subsiste l’escalier monumental en bois avec ses balustres.

 

En 1747 un rapport dénonce la vétusté des locaux, d’importants travaux de réhabilitation sont engagés à partir de 1750 : naissent la Salle des Actes avec sa voûte en panier, l’escalier central et l’aile parallèle à la chapelle dans la Cour d’Honneur. Le prestige du Collège est tel que de nombreux concours financiers favorisent le projet, mais on doit imposer lourdement la province du Maine et le Collège se trouve en difficulté financière une fois les travaux achevés.

 

Au cours du XVIIIème siècle, les effectifs ne cessent de décroître : de 510 élèves en 1722, on passe à 205 en 1781 ! Les classes commencent le 18 octobre et se terminent en juillet ou en août selon les divisions. La durée des cours est de deux heures et demie, seule la rigueur du froid peut la faire abréger d’un quart d’heure ou d’une demi-heure. L’émulation des élèves est stimulée par des exercices publics, les examens de passage et la distribution des prix, véritables fêtes où le théâtre et la musique côtoient les discours et les joutes oratoires en latin.

 

Les Oratoriens du Mans accueillent avec bienveillance en 1789 les idées nouvelles : en mars la noblesse du Mans siège dans la Salle des Actes pour élire ses représentants aux Etats Généraux, le Tiers Etat se réunit lui dans la chapelle. Le 6 juillet, un grand dîner se déroule au réfectoire en l’honneur du Vicomte de Vlanec, colonel au régiment de " Chartres-Dragons ", un contemporain écrit : "le saint réfectoire ressemblait à un champ de bataille, jonché de bouteilles, de verres, d’assiettes et arrosé de flots de vin ".

 

La Constitution Civile du clergé de 1791 déchire les Oratoriens : le père supérieur refuse de prêter serment, suivi par d’autres, mais trois professeurs acceptent qui sont alors chargés de l’administration du Collège. Jusqu’en 1792 assermentés et réfractaires (qui n’ont pas le droit d’enseigner) vivent en bonne intelligence, mais avec la suppression des ordres religieux l’établissement se laïcise : l’autorité civile en prend la direction.

 

De jeunes professeurs y enseignent désormais, sous le contrôle de l’administration départementale et avec ardeur, le culte de la liberté et la haine des tyrans : lors de la remise des prix le 6 août 1793 une pastorale est jouée où le berger Damis symbolise le peuple français à la conquête de la liberté et défenseur de son territoire.

 

A cette époque, le Collège assure l’enseignement primaire et secondaire. Ce dernier comprend quatre classes : classe de seconde, classe de rhétorique, classe de logique métaphysique et morale, classe de physique et mathématiques. La vie est difficile par manque d’enseignants, de moyens et d’élèves : les frais de scolarité limitent le nombre de pensionnaires.

 

En 1797, le Collège devient l’Ecole Centrale de la Sarthe. L’inauguration officielle à lieu le 1er Ventôse an IV (20 février 1796) "un cortège composé des autorités du corps enseignant se forma à l’ancienne Abbaye de la Couture ; précédé des tambours de la Garde Nationale et encadré de troupes, il se rendit au ci-devant collège ; la cérémonie annoncée par trois coups de canon, s’y fait dans la Salle des Actes ". Après avoir prêté serment de " haine à la royauté et à l’anarchie "et " d'attachement à la République et à la Constitution de l’An II ", les nouveaux professeurs sont installés dans leurs fonctions qui les amènent à donner une instruction scientifique en même temps qu’une éducation républicaine. Mais les effectifs restent faibles : 150 élèves en 1799, 119 en 1802 et 112 en 1804. Le collège de la Flèche, plus traditionaliste compte pour sa part plus de 500 élèves.

 

En 1804, l’Ecole Secondaire Communale - nouvelle dénomination- est dirigée par le père Moissonnet, ancien directeur de l’Oratoire, récemment rentré d’exil. En 1810, l’établissement s’appelle à nouveau Collège, la Ville du Mans commence à demander qu’il devienne Lycée, pour pouvoir disposer d’un établissement secondaire de premier ordre mais aussi pour faire supporter à l’Etat les importantes dépenses liées à l’entretien des locaux. Il faudra attendre quarante ans pour que ce souhait se réalise.

 

Par décret du 20 décembre 1850, après une longue période précaire, où malgré la construction de nouveaux dortoirs bien aérés pour attirer les pensionnaires, les effectifs stagnent et s’amenuisent, le Collège est érigé en Lycée ; douze professeurs y sont nommés par le Ministère et l’inauguration a lieu le 1er mars 1851. La deuxième moitié du XIXème siècle est favorable au Lycée : les effectifs augmentent régulièrement, le taux de réussite aussi ; la qualité de l’enseignement, les nombreuses bourses offertes par le département et la ville y contribuent largement. D’important travaux sont entrepris : l’actuel bâtiment de l’administration sort de terre en 1853.

 

Pendant la guerre de 1870, le Lycée, que la plupart des élèves a déserté, abrite un hôpital militaire ; des combats opposent les Prussiens et les Français Place des Jacobins (1er janvier 1871) ; le lendemain le Lycée est investi par les Prussiens qui l’occupent jusqu’en mars. En 1877, la ville acquiert un hôtel particulier du XVIIIe siècle pour y abriter "le Petit Lycée" et c’est en 1883-1885 qu’une transformation radicale est engagée : tout un coté de la Rue-Saint-Vincent est acheté pour permettre l’agrandissement du lycée, les maisons très anciennes qui se trouvent là sont détruites, délimitant une nouvelle cour ; un ensemble symétrique à celui du XVIIe siècle s’élève et le quartier s’organise désormais autour de ce nouveau bâtiment. La dépense est très lourde et dans le Journal du Mans on qualifie cet agrandissement " d’absurde ", de "dépenses folles", on aurait pu, peut-on lire dans le même article, "agrandir l’établissement sans entreprendre ces travaux babyloniens".

 

Une Association d’anciens élèves est fondée en 1877, reconnue d’utilité publique en 1886. A l’initiative d’un groupe d’élèves et de professeurs se crée en 1891 le S.A.L.M. (Sports Athlétiques du Lycée du Mans) qui s’impose très rapidement dans les compétitions académiques et nationales. De nombreuses facilités sont accordées aux "Salmistes" pour s’entraîner, en particulier les jardins de la préfecture sont mis gracieusement à leur disposition. Le 7 juillet 1901 sont célébrés le Cinquantenaire du Lycée et le vingt-cinquième anniversaire de l’association des Anciens Elèves ; de grandes fêtes sont données : banquet dans le hall de la Bourse de Commerce, fêtes de gymnastique Place des Jacobins, soirée au Théâtre Municipal avec des artistes de la Comédie Française.

 

Dès le début de la Grande Guerre, le lycée est réquisitionné en partie et reçoit le 16 août 1914, 100 blessés. Dirigée pendant toute la guerre par le Dr Le Bail, ancien élève, l’antenne sanitaire accueillera 5886 blessés ou malades soit 297 181 journées de traitement. Pendant cette période, les élèves sont privés de beaucoup de leurs professeurs mobilisés. Des regroupements de classes, l’aide des professeurs du lycée de jeunes filles et de l’école normale primaire permettent cependant d’assurer la continuité de l’enseignement. Bilan tragiquement lourd : 150 professeurs, anciens élèves, élèves sont morts au combat, 350 sont honorés d’une citation et 43 sont promus dans la Légion d’Honneur. Dès le rétablissement de Concours Général en 1922, le Lycée figure au palmarès. Par la qualité de ses professeurs dont plusieurs deviennent professeurs d’université ou inspecteurs généraux réputés, le Lycée obtient des résultats remarquables et "rivalise" avec les grands lycées parisiens ; du Petit Lycée aux Terminales et Classes Préparatoires nombreux sont les Manceaux et Sarthois à bénéficier de son enseignement dans un climat de sérieux, de travail régulier et d’amitié.

 

Fin 1939, le lycée doit héberger plusieurs centaines d’élèves venus de l’Est et du Nord, puis ce sont ceux de lycées parisiens et du lycée de Brest ; en quelques mois l’effectif double : plus de 600 élèves dans les classes préparatoires aux grandes écoles ; il faut aussi céder la moitié des salles de cours au lycée de jeunes filles, devenu hôpital militaire, et à l’école normale de filles, occupée par les Allemands ; il faut aussi accueillir l’école normale de garçons, occupée par les internes du lycée de jeunes filles et de l’ENF. Une partie des combles, la Salle des Actes, le parloir sont transformées en classes, l’internat est réservé en priorité aux classes d’examen. Mais c’est la débâcle et le 15 Juin 1940, le lycée est fermé, le 26 Juin il est occupé par les Allemands qui en font un "Frontsammelstelle" lieu de rassemblement des permissionnaires à leur départ ou à leur retour. A la rentrée d’octobre, il faut éviter tout " incident fâcheux" avec les occupants, installés dans certains locaux et sous les préaux ; l’administration est avertie que toute tentative de"sabotage" entraînera des représailles. Pourtant des élèves courageux et audacieux organisent de brèves manifestations vite étouffées ou dispersées, la Marseillaise retentit le 11 Novembre. En Février 1941, grâce aux interventions de l’Inspecteur d’Académie M. Hilleret et du proviseur M. Bréant, les Allemands évacuent le Lycée. Ils en reprennent possession après le débarquement en Normandie et le transforment en hôpital, abattant le grand portail et élargissant l’entrée pour permettre le passage des camions. Ils l’évacuent en toute hâte sous les bombardements, laissant les locaux en piteux état. Pendant environ un mois, ce sont les Américains qui s’installent. La rentrée des classes a lieu début Octobre et le 11 Novembre 1944, une importante cérémonie se déroule devant le Monument aux Morts.

 

Durant ces années de guerre, la vie au lycée à été difficile : restrictions alimentaires, contrôle de l’occupant, alertes et évacuations dans les caves. Dès l’automne 1940, de nombreux anciens élèves rejoignent les Forces Françaises Libres, soit en Grande-Bretagne, soit en Afrique : ainsi de Roland de la Poype qui devient un des "as" de l’escadrille "Normandie-Niemen", Raymond Dronne, compagnon de la Libération qui à la tête de sa colonne de la 2ème D.B. est le premier officier français entré dans Paris insurgé, le 23 août 1944. De nombreux professeurs s’engagent dans la Résistance, dont M. Paul Marchal, professeur de lettres, qui arrêté en Février 1944, meurt en déportation ; M. Roger Bouvet arrêté lui aussi en février 1944, qui, s’il n’était pas mort en déportation, aurait été choisi pour assurer à la Libération les fonctions de Préfet de la Sarthe.

 

Engagement aussi de nombreux élèves dans la lutte : sur le Monument aux Morts du Lycée, quarante-cinq noms témoignent de cette participation des anciens élèves du lycée aux combats de la Résistance et de la Libération.

 

A la rentrée 1945-1946, 650 élèves sont inscrits au Lycée et quelques années plus tard l’effectif atteint 810 élèves (1950-1951). En novembre 1951, de grandes manifestations sont organisées sous la présidence du Ministre de l’Education Nationale, M. André Marie, pour fêter le centenaire du Lycée d’Etat de Garçons du Mans. A l’initiative de M. Praud, proviseur du lycée, et M. Letessier, professeurs de lettres, une grande exposition retraçant l’histoire du lycée est présentée. A côté des plus anciennes archives des Oratoriens, les ouvrages des professeurs et anciens professeurs : André Bellesort de l’Académie française, R. N. Raimbault, un des premiers traducteurs de Faulkner, V.L. Saulnier professeur à la Sorbonne, des peintures d’Albert Maignan, Maurice Loutreuil et Jules Hervé-Mathé, une sculpture de M. Bizette-Lindet, prix de Rome, la machine à vapeur construite par Léon Bollée, tous anciens élèves. Le lundi 19 novembre, la Comédie Française, dirigée par Pierre-Aimé Touchard, ancien élèves, présente " Le Jeu de l’amour et du hasard " de Marivaux.

 

La poussée démographique des années d’après-guerre va, dans les années soixante, provoquer un important accroissement de l’effectif. Près de 2000 élèves, petit lycée, premier cycle, second cycle et classes préparatoires confondus. En mars 1961, est inauguré dans l’enceinte du lycée le Collège Scientifique Universitaire : 54 élèves inscrits dont 25 filles dès la première rentrée, et en 1963, l’Ecole de Droit ouvre ses portes, elle aussi dans l’enceinte du lycée. Les deux établissements, début de ce qui doit devenir l’Université du Maine, s’installent quelques années plus tard route de Laval. De septembre 1962 à 1971, le C.E.G. du Ronceray devient annexe du lycée. L’exiguïté des locaux se faisant de plus en plus contraignante, le petit lycée est fermé progressivement à partir de 1973. La mixité des classes impose une nouvelle dénomination : "Lycée d’Etat de Garçons du Mans " ne peut plus convenir à un établissement où plus d’un tiers des élèves, dans les années soixante-dix, sont des filles.

 

Depuis les années soixante le choix d’une nouvelle dénomination pour le lycée est régulièrement évoqué et les propositions sont nombreuses : R. Garnier, Scarron, Plantagenêt, Racan, Jacques Peletier, mais aussi Claude Chappe, Léon Bollée, anciens élèves. En 1974, pour mettre fin à des discussions interminables, un arrêté préfectoral décide que le "Lycée d’Etat de Garçons" rue Montesquieu, deviendra " Lycée Montesquieu"

 

Dans les années 1975-1980, la baisse des effectifs - d’où la fermeture de l’internat -, et la vétusté de plus en plus évidente des locaux font peser sur l’avenir de l’établissement de sérieuses menaces. Mais dès les années 1980 une forte demande de scolarisation dans le second cycle opère un renversement de tendance. Les effectifs augmentent à nouveau, et il devient difficilement imaginable que le Lycée Montesquieu puisse disparaître de la carte scolaire du Mans.

 

Depuis les lois de décentralisations (1985) l’entretien des lycées appartient aux Conseils Régionaux. Après d’importants travaux d’aménagement conduits par la communauté Urbaine du Mans (cuisines et demi-pension, C.D.I., etc.) la Région des Pays de la Loire engage en 1992-1993 un programme de réhabilitation-restructuration total, qui comprend la construction d’une aile supplémentaire du bâtiment de sciences physiques avec, en rez-de-chaussée, une belle salle d’évolution gymnique.

 

Ce vaste chantier, dont les objectifs pédagogiques et les réalisations pratiques sont largement concertés, s’achève en 1999, année du quatrième centenaire du site éducatif.

 

 

 

 

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par admin montesquieu le 29 mai 2015 à 14:44

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